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© Marie-Laure Lapeyrère - Laboratoires d'Aubervilliers
 

indivisibilité
laurent pichaud
x-sud (france)

dimanche 11 juin à 17:00
à l'église saint-étienne

durée : 1h

tarif unique à 10€

 

++ bord de plateau ++

Conception et interprétation
Laurent Pichaud
Dispositif théâtral pour l’église Saint-Etienne Laurent Pichaud, Cédric Torne
Harmonica préparé Yannick Guédon
Accompagnement administratif Dominique Grimonprez

Production x-sud.

 

En vente sur place à l'issue de la représentation (en partenariat avec la librairie Le Parefeuille)
Mon corps, ce bouddhiste
Traduit par Laurent Pichaud et Lucie Perineau
Edition Les Presses du Réel
Collection Nouvelles Scènes / Manufacture

 

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En 2005, Laurent Pichaud est invité à être l’un des sept interprètes de O,O, création de Deborah Hay. L’occasion pour lui de découvrir cette chorégraphe américaine qui, depuis la fin des années 1960, développe un rapport singulier au mouvement où il est avant tout question de conscience du corps plus que de savoir-faire ou de technique. Un processus d’écriture dans lequel elle fait essentiellement appel aux mots, aux métaphores, aux questions, et à l’imaginaire qu’ils ouvrent chez l’interprète. C’est ce rapport spécifique au texte dans une écriture chorégraphique qui a intrigué, sinon fasciné, Laurent Pichaud. Et l’a conduit, depuis, à suivre toujours plus près le travail de cette artiste : assistant sur plusieurs projets, co-auteur-interprète du duo indivisibilités (2011) et, aujourd’hui, traducteur de l’un de ses livres, Mon corps, ce bouddhiste, tout juste paru aux Presses du Réel/La Manufacture

À cette occasion, Laurent Pichaud nous convie à l’église Saint-Étienne pour aller à la rencontre de Deborah Hay et du regard qu’il porte sur son écriture. Un moment qu’il a choisi d’intituler indivisibilité, en écho à la pièce qu’ils ont co-signée. Car il ne sera pas uniquement question du livre, mais de tout un parcours, une recherche, dans l’œuvre d’une autre. Le tout sous une forme qui s’annonce résolument hybride, entre performance, conférence et installation.

Since performing in Deborah Hay’s creation O,O in 2005, Laurent Pichaud has explored Hay’s work, assisting her on several projects and recently translating one of her books. For that occasion, Pichaud takes us into the church of Saint-Étienne to encounter Hay’s world and his interpretation of her writing, a sharing moment he entitled indivisibilité, reference to a duo they created together in 2011. A resolutely hybrid experience that mix performance, conference and installation.

Entretien avec Laurent Pichaud

En 2006, vous rencontrez la chorégraphe américaine Deborah Hay, en tant qu'interprète pour la création de O,O. Depuis, une longue complicité, qui n'a cessé de grandir, pour aller jusqu'à la traduction d'un de ses livres : Mon corps, ce bouddhiste (Presses du Réel/La Manufacture). Pourquoi un tel engagement par rapport à cette artiste ?
Quand on m'a proposé de participer à la création de O,O, on venait de la redécouvrir en Europe, mais je n'avais jamais vu son travail. La rencontre a été très belle humainement, mais travailler avec Deborah Hay est complexe. Cela remet en jeu beaucoup de choses, en particulier la question de l'état d'être en scène. Un état qu'elle génère très spécifiquement à travers des questions (moteurs pour nous mettre en mouvement) et des partitions textuelles. Un langage oral très étrange, qui met en mouvement (c'est évident) mais que tu n'arrives pas toujours à lier avec ce que tu es en train de faire. Il faut vraiment lâcher prise, par rapport à l'ego, et par rapport surtout à ses repères structurels de travail. Par exemple, elle nous proposait de quitter l'idée de la frontalité avec le public, et de faire agir ce qu'elle appelle un « corps cellulaire » : penser que chaque cellule de notre corps, au moment où l'on danse, est regardé de toute part. Et cela modifie tout : il faut arrêter de projeter ce que l'on fait, arrêter de maintenir cette frontalité qui est pourtant constitutive de la manière dont on apprend à danser... En tant qu'interprète, c'était une approche très inconfortable de prime abord. Pour parvenir à me sentir vraiment au travail sans auto-jugements, j'ai cherché à comprendre, et tenté de parler le plus possible avec elle. Je lui posais vraiment beaucoup de questions. Ces questions, au fur et à mesure, ont déclenché un vrai dialogue... Dans la foulée de cette création, elle m'a proposé d'être son assistant. Une étape-clé où j'ai vu d'autres choses que ce que j'avais vécu de l'intérieur : une manière de concevoir l'espace et le temps notamment... De là, je me suis dit qu'il fallait vraiment que je creuse encore, que je me mette en apprentissage. C'est ainsi que j'ai décidé de me lancer dans la traduction de son dernier livre d’alors. Pour mieux comprendre son processus de travail, et toucher au plus près son rapport si particulier à la langue. Mais très vite, je me suis rendu compte que si je comprenais son travail, il me fallait – pour le transmettre via la traduction – faire appel à une traductrice professionnelle : Lucie Perineau, qui m’a vite confié combien la langue de Deborah Hay est très complexe à traduire. Encore une fois, il fallait creuser davantage. J'ai donc demandé une bourse pour entamer une recherche dans ses archives personnelles, afin d'essayer de comprendre la nature de son rapport aux mots, enquêter sur la naissance de ce langage à la fois très sensoriel, poétique, abstrait et, pourtant si concret. Une complexité dynamique que j'aime beaucoup, et que je n'ai pas fini d'explorer.

Et de quoi parle ce livre ?
Avec Mon corps, ce bouddhiste, elle a voulu faire l'état, au bout de 40 ans de travail, de tout ce qu'elle avait appris de son corps – « le corps entier est notre professeur » est une formule qui revient souvent chez elle... Elle a donc établi une liste, qui sert de chapitrage à ce livre : « mon corps aime le repos », « mon corps s'ennuie avec les réponses », « mon corps a confiance dans l'inconnu », etc. Des chapitres qu'elle développe à partir de trois régimes d'écriture différents. Soit sous forme d'explicitations de sa démarche, soit via des histoires personnelles, des récits d'expériences vécues, soit– et c'est cela qui a été tout particulièrement difficile à traduire – ce qu'on appelle en anglais des scores, des partitions textuelles. Ces partitions n'ont rien de méthodes à danser, ni de consignes claires, ce sont de vrais outils littéraires, jouant autant avec la métaphore, l'imaginaire, la conscience du corps que la perception de l'espace...

 

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